Durant l’année scolaire écoulée, les élèves de 1°1 ont travaillé, dans le cadre de leurs cours d’Enseignement Moral et Civique (EMC), sur la place des femmes dans le récit national.
Dans ce cadre, les élèves ont écrit au cabinet du Président de la République, pour adresser une demande : la panthéonisation de la marseillaise Berty Albrecht, figure trop peu connue bien que majeure, de la Résistance.
Voici la lettre rédigée par deux élèves, Nourhane Dennoun et Joséphine Gougeon.
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« Monsieur le Président de la République,
Nous sommes des élèves du lycée privé Saint Charles Camas à Marseille. Dans le cadre de notre programme d’Enseignement Moral et Civique (EMC), nous menons avec notre professeur d’Histoire, M. Rimbert, un projet sur la place des femmes dans le récit national. L’histoire de notre pays n’a pas été écrite seulement par de « grands hommes », des femmes souvent de manière anonyme y ont également apporté leur contribution. Nous trouvons donc qu’il est temps pour elles d’être mises en lumière !
Nous aimerions vous présenter Berty Albrecht, que nous estimons panthéonisable. Une courte vidéo de présentation par deux élèves de la classe est à votre disposition, si vous le souhaitez. Nous estimons que son engagement dans la Résistance ainsi que son combat pour les droits des femmes font d’elle une figure exemplaire de l’histoire française.
En espérant que notre travail suscite de votre part un intérêt.
Veuillez agréer , Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.
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“La vie ne vaut pas cher, mourir n’est pas grave. Le tout, c’est de vivre conformément à l’honneur et à l’idéal qu’on se fait » : c’est ce qu’a écrit Berty Albrecht dans une des dernières lettres écrites à sa fille Mireille.
Berty Albrecht, de son nom de jeune fille Berthe Wild, naît en 1893 à Marseille. Elle grandit dans une famille bourgeoise et protestante, ouverte d’esprit, ce qui favorise très tôt son indépendance.
Elle fait ses études au lycée Montgrand, à Marseille, non loin de notre lycée, puis pendant la Première Guerre mondiale, elle part en Suisse, à Lausanne, où elle se forme comme infirmière, apportant aide et réconfort aux blessés. Cette expérience renforce son engagement pour l’aide envers les autres et la solidarité.
Elle épouse en 1918 un banquier hollandais, Frédéric Albrecht, avec qui elle aura deux enfants, puis vit à Londres où elle se sensibilise aux droits des femmes avant de revenir à Paris en 1931, pour militer pour la condition féminine et aider des réfugiés courageux fuyant l’oppression.
Dans les années 1920 et 1930, elle milite activement pour les droits des femmes, notamment contre les violences conjugales et pour une meilleure reconnaissance de leur place dans la société.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Berty refuse la défaite et l’occupation allemande et utilise son poste d’ouvrière pour faire franchir la ligne de démarcation à des prisonniers évadés. Elle s’engage dans un mouvement clandestin, qui aide à créer le journal Combat, recrutant, collectant des fonds et organisant un service social pour soutenir les familles des résistants. Son engagement est total, animé par l’espoir d’une France libre et solidaire. Elle rejoint la Résistance française et devient une figure importante du mouvement Combat, au côté d’Henri Frenay, un officier français et l’un des plus grands chefs de la Résistance française.
Arrêtée une première fois, d’abord par la police, elle se bat pour être jugée, puis s’évade après une grêve de la faim. Pourtant, le 28 mai 1943 elle est de nouveau arrêtée à Maçon, torturée et transférée à la prison de Montluc puis à Fresnes. Dans une cellule froide et isolée, elle met fin à ses souffrances le 31 mai 1943, car elle préfère mourir que trahir ses idéaux ou ses camarades. Son corps est retrouvé après la guerre dans le jardin de Fresnes et elle est inhumée dans la crypte du Mémorial de la France combattante au Mont Valérien.
L’engagement de Berty Albrecht commence, bien avant la guerre. Très tôt, elle se bat pour la dignité humaine et la défense des droits des femmes, dans une société qui leur laisse encore peu de place. Elle refuse la violence, l’injustice et l’inégalité, convaincue que chacun mérite le respect, quelle que soit sa condition. Pour elle, défendre les femmes, c’est déjà résister à une forme d’oppression.
Lorsque le nazisme s’impose en Europe et que la France est occupée, son combat prend une autre dimension. Berty Albrecht refuse la soumission et s’engage dans la lutte contre le nazisme. Sans arme, mais avec une détermination sans faille, elle entre dans la clandestinité, participe à la création du mouvement Combat et du journal du même nom. Elle agit dans l’ombre, organise, recrute et prend des risques immenses pour que la France reste libre, au prix de sa propre sécurité.
Mais pour Berty Albrecht, résister ne signifie pas seulement combattre l’ennemi. Elle comprend très vite que la Résistance ne peut survivre sans solidarité. C’est pourquoi elle met en place un service de soutien aux familles des résistants : elle aide les proches des prisonniers, des blessés et des morts, apporte une aide matérielle et morale, et veille à ce que personne ne soit abandonné. Ce rôle, souvent invisible, est pourtant essentiel.
Ainsi, les engagements de Berty Albrecht forment un tout cohérent : lutter contre le nazisme, défendre la dignité humaine et protéger les plus vulnérables. Jusqu’à sa mort, elle restera fidèle à cette vision profondément humaine de la Résistance.
Si nous avons choisi de parler de Berty Albrecht, ce n’est pas par hasard. D’abord, elle vient de notre belle ville ! Puis, en découvrant son histoire, ce qui nous a frappé en premier, ce n’est pas seulement ce qu’elle a fait, mais la manière dont elle l’a fait. Elle n’était ni soldat ni cheffe d’État, et pourtant elle a joué un rôle essentiel. Elle nous rappelle que l’engagement ne commence pas par des actes héroïques spectaculaires, mais par un refus simple et profond de l’injustice.
Ce qui nous a particulièrement marqués, c’est qu’elle a toujours agi dans l’ombre. Elle n’a jamais cherché à être reconnue ou admirée. Elle a aidé, organisé, soutenu, souvent sans que son nom apparaisse. Ce choix nous touche, parce qu’il montre que le véritable courage n’a pas besoin d’être vu pour exister.
En avançant dans son parcours, on comprend aussi que ses décisions ont été profondément humaines. Berty Albrecht était mère, elle avait une famille, une vie possible loin du danger. Pourtant, elle a choisi de continuer à se battre, consciente des risques. Cette idée nous interpelle forcément : qu’aurions-nous fait à sa place ? Son histoire nous oblige à réfléchir à nos propres valeurs et à ce que nous serions prêts à défendre.
Enfin, si nous avons choisi Berty Albrecht, c’est parce que son message ne s’arrête pas à la Seconde Guerre mondiale. Son combat pour la dignité humaine, l’égalité et la liberté reste d’actualité. À travers elle, on comprend que résister, ce n’est pas seulement un acte du passé, mais un choix qui se pose encore aujourd’hui. Et c’est pour cette raison que nous avons voulu partager son histoire avec vous. »

